10 instruments traditionnels du Moyen-Orient : sons, rôles et origines

La musique du Moyen-Orient n’appartient pas à un seul pays, une langue, une religion ou un style. Maqâm arabe, makam turc, dastgâh persan, traditions kurdes, arméniennes, grecques, nord-africaines et autres partagent certains instruments et principes tout en conservant leurs répertoires, accordages, rythmes et pratiques propres.

L’ancienne expression anglaise « oriental instruments » subsiste dans des boutiques et recherches, mais elle est trop générale pour rendre compte de cette diversité. « Instruments traditionnels du Moyen-Orient » est plus clair pour les dix instruments présentés ici. Même cette formule n’est qu’un terme pratique : beaucoup appartiennent aussi aux Balkans, à l’Asie centrale, au Caucase et à l’Afrique du Nord.

Instruments de musique traditionnels du Moyen-Orient

Les instruments traditionnels du Moyen-Orient en bref

InstrumentFamilleRôle musical fréquent
OudLuth pincé sans frettesMélodie, taqsim, accompagnement et direction d’ensemble
QanunCithare sur caisse pincéeMélodie, ornementation, modulation et texture d’ensemble
NeyFlûte de roseau soufflée par l’extrémitéMélodie lyrique, improvisation, répertoire spirituel et classique
DarbukaTambour en gobeletBase rythmique, variations et solos
RiqPetit tambour sur cadre à cymbalettesRythme classique détaillé et couleur d’ensemble
BendirGrand tambour sur cadrePulsation grave, musique populaire, spirituelle et d’ensemble
Saz/bağlamaLuth à long manche frettéMélodie populaire, accompagnement du chant et styles régionaux
SanturCithare frappéeMélodie, motifs rapides et texture ornée
KamâncheVièle à piqueMélodie soutenue, ornementation et improvisation
ZurnaHautbois puissant à anche doubleMélodie de plein air pour danse et cérémonie

Il ne s’agit pas d’un classement, mais d’une introduction pratique à dix instruments influents issus de traditions vivantes.

1. Oud

Le oud est un luth à manche court sans frettes, doté d’une caisse arrondie, d’une table en bois, d’un chevillier recourbé et de cordes organisées en chœurs. Il est central dans de nombreux ensembles arabes et turcs et possède des histoires importantes en Irak, Syrie, Égypte, au Levant, dans le Golfe, en Afrique du Nord, Arménie, Grèce et Iran. Construction, diapason, nombre de chœurs et accordage varient selon la région et le facteur.

L’absence de frettes permet de modeler l’intonation et les ornements exigés par le maqâm ou le makam. Le oud peut mener l’ensemble, accompagner un chanteur ou jouer une improvisation libre telle que le taqsim. La risha, long plectre souple, produit son attaque caractéristique.

Choisissez le oud selon la tradition et l’accordage que vous étudierez. Les jeux arabes et turcs ne sont pas automatiquement interchangeables, car diapason et tension diffèrent. Notre guide complet pour choisir un oud détaille les contrôles avant achat.

2. Qanun

Le qanun est une cithare trapézoïdale pincée, jouée horizontalement sur les genoux ou un support. Les instruments modernes possèdent de nombreuses cordes, le plus souvent groupées par trois. De petits plectres fixés aux index permettent aux deux mains de jouer passages rapides, trémolos, accords et mélodies ornées.

De petits leviers appelés mandal en turc élèvent ou abaissent des groupes de cordes par intervalles fins. Leur conception et leurs divisions varient entre qanuns turcs et arabes. Les interprètes expérimentés les actionnent pendant l’exécution afin d’atteindre les hauteurs demandées par les passages de maqâm ou de makam.

Le qanun est sensible à l’accord, à l’état des chevalets, aux supports en peau ou synthétiques, à la précision des leviers et au climat. Le modèle turc ou arabe doit être choisi selon la méthode du professeur, sans considérer les deux comme identiques.

3. Ney

Le ney est une flûte soufflée par l’extrémité, traditionnellement taillée dans un roseau creux percé de trous. Des traditions apparentées existent dans les musiques arabe, turque et persane, mais dimensions, embouchure, noms et systèmes de hauteurs diffèrent. Le ney turc emploie généralement un embout appelé başpare, alors que de nombreux nays arabes sont soufflés directement contre le bord du roseau.

Le musicien dirige un mince filet d’air sur le bord pour obtenir un timbre riche en souffle. Pression et embouchure donnent accès à plusieurs registres. Le recouvrement partiel des trous et le réglage des lèvres permettent de façonner des hauteurs qui ne correspondent pas aux notes tempérées du piano.

Le ney apparaît dans les ensembles classiques, l’improvisation soliste, les contextes spirituels et les arrangements contemporains. Produire une première note stable peut demander du temps au débutant ; cette difficulté initiale ne signifie pas que l’instrument est défectueux.

4. Darbuka

La darbuka est un tambour en gobelet à une peau. Selon la région et la langue, on rencontre des noms proches comme tabla, derbake ou doumbek. Les corps traditionnels peuvent être en céramique ou en métal, avec peau naturelle ou synthétique. Les darbukas métalliques modernes à peau synthétique remplaçable sont courantes sur scène.

Le vocabulaire fondamental oppose un coup central résonnant, souvent appelé dum, à des frappes de bord plus claires comme tek. Roulements de doigts, claquements, sons étouffés et ornements créent des figures détaillées. La darbuka soutient chant et danse, tout en étant un instrument soliste élaboré.

« Darbuka » et « doumbek » ne désignent pas toujours deux instruments entièrement distincts. L’usage varie selon langue, pays, construction et commerce. Comparez diamètre de peau, matériau du corps, poids, système d’accord, confort du bord et son recherché.

5. Riq

Le riq est un petit tambour sur cadre muni de paires de cymbalettes métalliques. Il est particulièrement important dans les ensembles classiques arabes, où un interprète qualifié articule des cycles rythmiques complexes avec une grande précision. Peau et cymbalettes offrent deux univers sonores opposés dans un instrument compact.

Plusieurs prises et positions sont utilisées. Lorsque les cymbalettes restent libres, le riq produit une texture brillante et continue ; lorsqu’elles sont contrôlées, les frappes de peau deviennent sèches et nettes. Les peaux de poisson traditionnelles restent appréciées, tandis que les peaux synthétiques résistent mieux aux variations d’humidité.

Le riq peut ressembler à un tambourin, mais sa technique et son rôle sont spécialisés. Bonne réponse des cymbalettes, cadre confortable, tension exacte et équilibre comptent davantage que le décor.

6. Bendir

Le bendir est un grand tambour sur cadre utilisé dans les traditions nord-africaines, moyen-orientales, turques, kurdes et spirituelles. Sa large membrane produit une pulsation plus profonde que celle du petit riq. Certains modèles ont une ou plusieurs cordes timbrées contre l’intérieur de la peau, ajoutant un bourdonnement ; d’autres n’en ont pas.

Il se tient verticalement et se joue avec les doigts et les mains près du bord ou du centre. Position de frappe, forme des doigts, pression et tension modifient le timbre. Le bendir peut soutenir une danse populaire, accompagner une voix, servir le répertoire soufi ou spirituel et se mêler aux autres percussions.

Diamètre, profondeur du cadre, matériau de la peau, mécanisme d’accord, poids et timbre influencent confort et son. Un grand tambour n’est pas automatiquement plus grave si la peau et sa tension sont inadaptées.

7. Saz ou bağlama

Le bağlama est une famille de luths à long manche étroitement associée à la musique de Turquie et des régions voisines. « Saz » peut signifier instrument en général en turc, mais désigne souvent le bağlama dans le commerce international. Les membres de la famille diffèrent par la caisse, le diapason, les cordes, l’accordage et le registre.

Les bağlamas modernes possèdent généralement des frettes liées et mobiles qui autorisent les intervalles des pratiques régionales. Manches court et long sont associés à différents accordages et techniques courants, sans frontière absolue. L’instrument accompagne la chanson, porte la mélodie et exprime des styles régionaux de plectre appelés tavır.

Avant l’achat, faites correspondre type de manche, diapason, disposition des frettes, cordes et accordage au professeur et au répertoire. Notre guide du bağlama à manche court ou long explique ce choix.

8. Santur

Le santur est une cithare trapézoïdale dont les cordes passent sur des chevalets mobiles et sont frappées avec de légères baguettes de bois. Il occupe une place majeure dans la musique classique persane ; des instruments apparentés existent en Irak, Inde, Turquie, dans le Caucase et ailleurs. Disposition, nombre de chevalets, accordage, forme des baguettes et technique varient fortement.

Chaque chevalet divise les cordes en sections sonores, donnant accès à plusieurs registres. Alternances rapides, roulements et motifs ornés produisent une texture scintillante. De nombreuses cordes doivent être accordées et la position des chevalets modifie la hauteur : le réglage exige patience et système de référence clair.

Ne choisissez pas un santur uniquement d’après le nombre de chevalets. Les modèles à 9 ou 12 kharak peuvent servir des systèmes ou étendues différents. La qualité dépend aussi de la géométrie, du bois, des chevilles, des cordes, des chevalets et de la stabilité d’accord.

9. Kamânche

Le kamânche est une vièle à pique munie d’une petite caisse résonante et d’un long manche. Une pique repose sur le genou ou le sol, permettant à l’instrument de pivoter légèrement pendant le mouvement de l’archet. Il est central dans les traditions classiques persane et azerbaïdjanaise et apparaît dans les cultures kurde, arménienne et voisines.

Les kamânches modernes ont fréquemment quatre cordes, même si les exemples historiques et régionaux varient. L’archet et la rotation produisent de longues lignes proches de la voix, des glissés, des ornements et une intonation fine. Le kamânche assure mélodie, improvisation et dialogue avec chanteurs ou autres instruments.

Position du chevalet, état de la peau ou de la table, alignement du manche, archet, cordes et chevilles influencent la jouabilité. Une expérience du violon aide pour l’archet mais ne remplace pas l’apprentissage de la posture et du phrasé régional.

10. Zurna

La zurna est un hautbois puissant à anche double, utilisé lors de fêtes en plein air, danses, mariages, processions et cérémonies en Turquie, dans les Balkans, le Caucase, le Moyen-Orient et l’Asie centrale. Elle est souvent associée à un grand tambour à deux peaux tel que le davul.

Sa perce conique et son anche double donnent un son pénétrant qui porte au dehors sans amplification. La respiration circulaire peut soutenir de longues phrases. Les zurnas existent en plusieurs tailles et tonalités ; fabrication régionale de l’anche et doigtés sont essentiels au style.

En raison du volume et du contrôle exigeant de l’anche, la zurna n’est pas un instrument discret d’appartement. Le débutant doit obtenir une anche compatible et apprendre auprès d’un musicien connaissant le type régional choisi.

Comment ces instruments jouent ensemble

Aucune règle n’impose qu’un ensemble moyen-oriental compte trois instruments, ni n’interdit d’en réunir plus de cinq. La taille dépend du genre, du lieu, de l’époque et de l’usage. Un petit ensemble takht de musique savante arabe peut unir oud, qanun, ney, violon, riq et voix. Un ensemble classique turc peut comprendre oud, tanbur, kanun, ney, cordes frottées et percussions. Les groupes populaires et cérémoniels utilisent d’autres combinaisons.

Dans beaucoup de traditions, les instruments ne se répartissent pas simplement en mélodie, accords et pulsation à l’occidentale. Plusieurs instruments mélodiques jouent la même ligne avec leurs ornements propres, créant une hétérophonie. Les percussions articulent des cycles rythmiques nommés ; improvisation et interaction façonnent l’exécution.

Systèmes mélodiques : maqâm, makam et dastgâh

Le maqâm arabe, le makam turc et le dastgâh persan sont des traditions modales apparentées mais distinctes. Ce ne sont pas de simples gammes. Chacune comprend mouvements mélodiques caractéristiques, notes importantes, phrases, modulations, ornements et répertoire. Les hauteurs ne coïncident pas toujours avec le tempérament égal à douze sons.

Les instruments sans frettes comme oud, ney et kamânche façonnent les hauteurs en continu. Les qanunistes utilisent des leviers, tandis que facteurs et joueurs de bağlama placent les frettes liées selon le système visé. Les claviers électroniques dits « orientaux » peuvent imiter certains ensembles de hauteurs et timbres, mais ne remplacent ni les instruments acoustiques ni leurs savoirs d’interprétation.

Choisir son premier instrument du Moyen-Orient

  • Commencez par la musique : identifiez tradition, interprètes et pièces que vous souhaitez apprendre.
  • Trouvez un professeur ou une méthode : accordages et techniques régionaux déterminent la version à acheter.
  • Pensez au rôle sonore : choisissez mélodie, son frotté soutenu, souffle ou percussion selon ce qui vous attire.
  • Vérifiez les contraintes : volume, transport, sensibilité climatique, temps d’accord et entretien varient fortement.
  • Privilégiez la jouabilité : bon réglage et accord stable comptent plus qu’une décoration abondante.
  • Demandez les spécifications : le nom régional ne définit pas toujours diapason, hauteur, cordage ou taille.

Questions fréquentes

« Instrument oriental » est-il un terme exact ?

C’est une large étiquette historique encore utilisée dans les recherches et le commerce, mais elle peut réduire de nombreuses cultures distinctes à une seule catégorie. Précisez si possible la région, la tradition ou le nom de l’instrument.

Darbuka et doumbek sont-ils différents ?

Les noms se recouvrent souvent. Sur certains marchés, ils distinguent formes, matériaux ou styles régionaux ; ailleurs, ils désignent la même famille de tambours en gobelet. Vérifiez les caractéristiques plutôt que le nom seul.

Quel instrument est le plus facile pour débuter ?

Aucun ne l’est universellement. Darbuka ou bendir donnent rapidement un premier son, mais la maîtrise rythmique reste exigeante. Oud, ney, qanun et instruments frottés demandent généralement davantage de contrôle initial. Un bon professeur et un instrument jouable comptent plus que la catégorie.

Peut-on jouer de la musique occidentale avec ces instruments ?

Oui. Ils sont employés dans le jazz, le classique, le cinéma, l’électronique et la pop. Leurs accordages et techniques traditionnels offrent des possibilités au-delà du tempérament occidental ; l’adaptation doit respecter l’instrument plutôt que le forcer à en imiter un autre.

Dois-je acheter l’instrument dans son pays d’origine ?

Non. Des facteurs compétents travaillent dans de nombreux pays. Vérifiez surtout que l’instrument est correctement conçu et réglé pour le système musical, l’accordage et le professeur que vous suivrez.

Une famille commune de traditions vivantes

Oud, qanun, ney, darbuka, riq, bendir, saz, santur, kamânche et zurna ne révèlent qu’une partie de la diversité musicale régionale. Ils franchissent les frontières, évoluent avec les communautés et continuent de se développer dans les salles de concert, foyers, cérémonies, studios et nouveaux genres. Pour comprendre un instrument, écoutez des interprètes reconnus, apprenez son répertoire et abordez son nom et son histoire avec précision régionale.

Repères documentaires : dossiers de l’UNESCO sur la facture et la pratique du oud ; rapport de l’UNESCO sur le patrimoine vivant méditerranéen et l’enseignement de la musique arabe ; collection et publications du Metropolitan Museum of Art.


3 commentaires


  • Mehmet

    Thanks for informations!


  • merve

    Thanks for this detailed content about oriental instruments


  • Gizem

    Thank you for sharing this wonderful list of best known oriental instruments!


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